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Manifeste belge pour l’interdiction de l’irradiation des aliments

(5 avril 2005)

Nous, citoyens, consommateurs, travailleurs, organisations de défense de la santé publique, de protection de l’environnement et luttant pour une économie plus juste et plus solidaire, affirmons notre refus de l’irradiation des aliments et demandons l’interdiction de ce procédé.

Cette technique consiste à exposer des aliments à de hautes doses de radiations ionisantes, soit par rayons gamma (issu de substances radioactives, le Cobalt 60 ou le Césium 137), soit par électrons projetés à une vitesse proche de celle de la lumière. Ce "traitement" supprime les bactéries et les insectes présents sur les aliments et permet d’en allonger la durée de conservation.

En Belgique, l’irradiation des aliments est pratiquée par l’entreprise IBA Mediris, basée à Fleurus, qui "traite" chaque année en moyenne 6500 tonnes d’aliments, du fromage aux légumes congelés en passant par les cuisses de grenouilles, la viande congelée et les fruits de mer. Des produits destinés à l’exportation ? Légalement, les produits irradiés pouvant être commercialisés sur le territoire belge sont les crevettes, les pommes de terre, l’ail, l’échalote et l’oignon, les cuisses de grenouilles, les épices et herbes aromatiques séchées. Tous ces produits sont censés être étiquetés avec la mention "traité par ionisation" ou "traité par rayonnements ionisants". Mais comme le gouvernement ne juge pas nécessaire d’effectuer des contrôles analytiques pour empêcher la commercialisation d’aliments irradiés non autorisés ou pour vérifier que les normes d’étiquetage sont bien respectées, le droit de choisir des consommateurs a peu de chance de s’appliquer.

L’irradiation renforce les échanges commerciaux non durables et inéquitables

En fait, l’irradiation des aliments est utilisée a deux conséquences principales :

  • Allonger la durée de conservation des aliments pour permettre le stockage et le transport sur un temps plus long. Ceci permet le transport des produits alimentaires sur de longues distances et ainsi supprime le dernier obstacle à la circulation mondiale des produits, à la globalisation des échanges agricoles et alimentaires.
  • L’affaiblissement des normes sanitaires : l’irradiation permet d’éliminer en bout de chaîne certaines bactéries et insectes qui infectent les aliments. Ce procédé peut donc cacher des pratiques sanitaires douteuses. Des aliments produits et transformés selon des normes sanitaires rigoureuses n’ont pas besoin d’être irradiés. L’irradiation, partout où elle est pratiquée, encourage la détérioration des conditions d’hygiène en amont de la chaîne ;

Ces deux usages n’ont d’intérêt ni pour le dynamisme de nos économies locales ni pour les consommateurs. Bien au contraire  : ils encouragent la délocalisation de nos agricultures et de l’industrie de transformation qui y est liée, contribuent à la dégradation des conditions de production des produits alimentaires et empêchent les consommateurs de juger de la fraîcheur et de la qualité des aliments achetés.

Les menaces liées à l’irradiation des aliments

De plus, la production et la consommation d’aliments irradiés ont des aspects négatifs et peuvent même présenter des menaces du point de vue de la santé publique (perte de nutriments et de vitamines dans les aliments irradiés, augmentation des risques de cancer, dommages génétiques et carences nutritionnelles chez les animaux testés) et pour l’environnement (multiplication des risques liés au transport et à l’utilisation de substances hautement radioactives dans les centrales d’irradiation des aliments). Ces risques sont d’autant plus inacceptables qu’ils ne sont justifiés par aucune utilité sociale ou économique.

Face à cette situation, les associations signataires demandent l’application du principe de précaution et l’interdiction de l’irradiation des produits alimentaires et de la commercialisation des aliments irradiés.

Dans les plus brefs délais, nous demandons :

  • Le respect de la loi concernant l’étiquetage des aliments irradiés ou contenant des ingrédients irradiés, commercialisés en Belgique.
  • Un dispositif d’information transparent pour tous les habitants des communes où les centrales d’irradiation des aliments sont situées, tout particulièrement lorsque les centrales utilisent des substances radioactives (conditions de stockage, transport, mécanisme en cas d’accident,...) ;
  • Pour que la loi soit respectée, les autorités publiques doivent mettre en place des programmes permettant de détecter les aliments irradiés commercialisés illégalement. Ces enquêtes devront viser tout particulièrement les catégories de produits pour lesquelles la Commission européenne a repéré un grand nombre de fraudes (fines herbes, crustacés, cuisses de grenouilles, champignons,... 29% des compléments alimentaires testés dans l’Union européenne en 2002 étaient irradiés) (Voir "Rapport de la Commission sur le traitement des denrées alimentaires par ionisation pour l’année 2002" COM(2004) 69 final )  ;
  • L’application de mesures de sanction effectives contre les entreprises qui ne respectent pas la législation. Les entreprises de distribution qui commercialisent illégalement des produits irradiés devraient être soumises à des amendes substantielles ;

Manifeste soutenu par :

écoconso
Fédération des Unions de Groupement d’Eleveurs et d’Agriculteurs (FUGEA)
Mouvement d’Action Paysanne (MAP)
Nature et Progrès - Belgique
Groupe de Réflexion et d’Action Pour des Politiques Ecologiques (GRAPPE)
Public Citizen Europe
Brabant Ecologie


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