Les réseaux d’échanges
(3 mars 2010)L’éco-consommation, c’est une manière de consommer
plus respectueuse de l’environnement. C’est aussi une manière
de vivre, faire, et interagir autrement.
Cela passe d’abord par une réflexion sur nos besoins réels.
Ensuite, en fonction de nos revenus, contraintes, motivations, nous pouvons
explorer la multitude de possibilités qui existent pour nous procurer
un bien ou bénéficier d’un service sans pour autant l’acheter.
Car si on n’obtient pas un bien ou un service contre de l’argent,
on peut par contre échanger un service contre un autre, un bien contre
un autre, un bien contre un service.
Une autre monnaie est possible
Combien de poires pour des pommes ? La monnaie a été créée
pour permettre d’échanger des poires contre des pommes en passant
par une unité de mesure commune. Or, de nos jours, l’économie
monétarisée connaît d’importantes dérives qui
proviennent notamment de la rémunération imposée de l’argent
: le taux d’intérêt. Petit à petit, ceux qui possédaient
beaucoup d’argent grâce aux intérêts et aux intérêts
des intérêts, se sont mis à thésauriser, tandis que
d’autres en avaient de moins en moins.
C’est pourquoi des solutions alternatives ont été imaginées.
Partout dans le monde, des initiatives d’échanges de services ou
de biens voient le jour. Ces échanges supposent l’absence de monnaie
sonnante et trébuchante. Ce sont des « unités d’échange
locales » qui sont utilisées ou simplement du temps. Celles-ci
peuvent prendre des noms poétiques tels que : blés, grains de
sel, sourires ou bon’heures …
Il existe environ 5.000 expériences de monnaies parallèles à
travers le monde. (Réseau Financement
Alternatif )
Au centre des échanges, l’humain !
Ces systèmes reposent sur des individus connectés en réseau
qui vont pouvoir échanger entre eux. C’est la force des ces systèmes
: si un système fonctionne c’est parce qu’il y a des gens
pour le faire vivre.
Les réseaux d’échanges ont des caractéristiques communes. Par exemple ils sont :
- parallèles aux réseaux classiques de marchandisation ;
- ouverts à tous ;
- volontairement « non monétarisés » et les connaissances n’y sont pas monnayées.
En outre,
- le fait de posséder la monnaie alternative (ou du temps) ne rapporte rien, pas plus que le fait d’en emprunter ne coûte ;
- les savoirs ou services échangés ont la même valeur : une heure de travail intellectuel équivaut à une heure de travail manuel ;
- tous les biens ou services sont échangés sur base de règles établies et respectées par les adhérents de chacun des différents systèmes.
Et l’environnement s’en porte mieux
Bien entendu, d’un point de vue environnemental, tous ces systèmes
favorisant les échanges, le don, le réemploi, le transfert de
connaissances, sont très positifs. Ils permettent en effet d’économiser
en ressources et en énergie pour la fabrication de biens nouveaux. Si
j’apprends à fabriquer moi-même mon dentifrice je limite
mes déchets en tubes usagers.
La relocalisation des échanges, et par extension de l’économie,
est également très favorable à l’environnement. En
effet, développer l’économie locale diminue les pollutions
dues aux transports.
Petit tour d’horizon des possibilités d’échanges :
Echanger des services
Les Systèmes d’Echanges Locaux (SEL) mettent en relation des personnes
qui proposent et demandent des services. Les services échangés
sont valorisés en unité d’échange locale. Cette unité
traduit la valeur temps du service réalisé. Par exemple une heure
de travail égale cent blés.
Les SEL permettent à leurs membres d’acquérir des services,
mais aussi des savoirs et savoir-faire. Cela va du don de semences au service
traiteur en passant par l’aide au déménagement.
La particularité du fonctionnement des SEL est qu’il n’y a pas nécessairement de réciprocité entre les participants. Il n’est pas obligatoire de rendre la pareille à la personne qui nous a rendu un service. Le service rendu plus tard alimentera le réseau et répondra à d’autres demandes.
Financièrement, c’est évidemment très intéressant.
Certaines personnes entrent dans ces réseaux par nécessité
(difficultés financières). Mais cela leur permet aussi de renforcer
leur vie sociale. L’aspect local des SEL est très important. C’est
ce qui va créer du lien. Finalement, les SEL c’est de l’entraide
locale tout en valorisant les compétences personnelles de chacun.
Il en existe une centaine en Wallonie et à Bruxelles.
Echanger des savoirs
On échange tous des savoirs. La foire aux savoir-faire qui a lieu chaque année à Bruxelles est un endroit qui permet une fois par an de repousser un peu plus les limites des compétences de chacun. Et par conséquent, de repousser aussi un peu plus la nécessité d’acheter. En effet, le dentifrice, le produit anti-moustiques, le cuiseur solaire, le pull à la mode, le sirop de menthe, l’enduit de sa maison, etc. Tout ça devient « du fait maison » !
Chacun sait quelque chose et chacun peut transmettre son savoir. C’est
tout simple. Et tellement vrai ! C’est sur cette évidence que s’appuient
les réseaux d’échanges de savoir (RES). Ils ont pour objectif
de mettre en relation des personnes qui veulent acquérir des savoirs
avec celles qui proposent de les transmettre.
L’échange des savoirs s’effectue sur le mode de la réciprocité
ouverte : toute offre suppose une demande et toute demande est accompagnée
d’une offre, à plus ou moins long terme. Toujours sans médiation
d’argent.
Tous types de savoirs sont concernés : intellectuels, manuels, savoir-faire,
savoir-être et savoirs issus de l’expérience.
Aujourd’hui, une vingtaine de réseaux existent à Bruxelles et
en Wallonie.
Echanger des biens
Les échanges directs de biens sous la forme du troc sont parfois plus
difficiles à réaliser mais s’avèrent aussi très
intéressants. Tout type de bien peut être échangé
pour le bonheur des deux parties : plantes, CD, vêtements etc.
L’échange de maisons permet par exemple, non seulement de voyager
pas cher, mais aussi de bénéficier de tout le confort d’une
maison habitée à l’année.
Internet a énormément facilité le développement
de réseaux d’échanges. Un petit mail envoyé à
des centaines de personnes permet de « se débarrasser » d’un
objet encombrant ou inusité. C’est encore un simple mail qui informera
que l’objet recherché depuis des mois est à disposition.
Et ce gratuitement ce qui est non négligeable ! Les réseaux «
freecycle » sont ainsi de vrais « boosters » d’échanges.
Petite astuce pour ceux qui ont du mal à se détacher de leurs
biens : Internet permet par exemple d’enregistrer son bouquin préféré
puis de le « relâcher » dans la nature (le donner à
un ami, l’offrir à un compagnon de train, « l’oublier
» dans un café ou une salle d’attente…). Grâce
au code obtenu après enregistrement, on est prévenu par mail chaque
fois que quelqu’un vient enregistrer un commentaire sur ce livre ! Ainsi
on n’en perd pas la trace ;-)
Echanger des bons procédés
Le WWOOF (worldwide opportunities on organic farms) est un réseau qui
met en relation des agriculteurs biologiques en demande d’aide pour la
réalisation de tâches agricoles, et des volontaires motivés
à travailler dans les fermes. Le principe du wwoof, c’est l’échange
et le volontariat. Le « wwoofeur » n’est donc pas payé mais
reçoit le gîte et le couvert pour le travail effectué (quelques
heures par jour).
Ce type d’entraide est très enrichissant car il permet de participer
pleinement à la vie d’un lieu. Il est ainsi très intéressant
de se rendre compte de la vie quotidienne des agriculteurs.
C’est aussi une manière conviviale et plaisante de voyager. Pour
autant, il ne s’agit pas de tourisme à proprement parler car le
travail fourni varie entre 4 et 7 heures par jour.
Les SELs permettent aussi de voyager ! Ainsi la route des SELs permet de favoriser les rencontres entre adhérents des SEL en utilisant leurs possibilités d’hébergement. Les adhérents offrent toutes sortes d’hébergement, de courte ou de longue durée. Ceux qui ne proposent pas d’hébergement peuvent néanmoins être reçus à condition de s’entendre avec leurs hôtes.
Dans le même ordre d’idées, on peut pratiquer le «
couchsurfing »… D’où vient donc cette drôle d’idée
de faire du surf sur canapé ? Tout simplement du bon sens. Proposer son
canapé et pouvoir bénéficier du même service lors
de ses déplacements en Belgique ou à l’étranger,
c’est très pratique. C’est évidemment pas cher et
surtout très convivial. Les hôtes sont en effet de très
bons conseillers en coins typiques et bons plans.
Chacun sait quelque chose et peut transmettre son savoir ou fournir son aide
On l’aura compris, il est possible de tout échanger pour autant
que l’on respecte les règles du jeu (chartes des systèmes).
Il ne s’agit pas d’un moyen de profiter du système mais bien
d’en faire partie et de le faire fonctionner.
L’économie actuelle (basée sur la monnaie) ne laisse que
très peu de place aux échanges et liens entre personnes. Pourtant,
chacun sait quelque chose et chacun peut transmettre son savoir ou fournir son
aide.
Aujourd’hui émergent d’autres voies économiques :
associations et coopératives, habitats groupés, Systèmes
d’Echanges Locaux, Groupements d’Achats Solidaires (GAS), qui s’annoncent
comme les réponses locales aux problèmes globaux auxquels nous
sommes confrontés.
En rencontrant les objectifs économiques, sociaux et environnementaux,
ces expériences de relocalisation et de simplicité traduisent
au quotidien le développement durable. Il ne vous reste plus qu’à
les tester ! Et peut être très vite vous demanderez vous comment
vous n’y avez pas pensé plus tôt.
Pour en savoir plus
Et si mieux consommer faisait toute la différence : www.ecoconso.be/IMG/pdf_mieux-consommer.pdf
Réseau Financement Alternatif : www.financite.be
Banques du temps : www.banquedutemps.be et www.intergeneration.be
http://www.citoyenparent.be
Coordination des Réseaux d’Echanges des savoirs en Belgique francophone
:
Tel : +32 2 218 56 08 www.inti.be/ecotopie/res.html
et http://www.res59.be
Foire aux savoir-faire : http://foiresavoirfaire.free.fr
Don et freecycle : www.freecycle.org/group/BE/Belgium
Echanger des livres : http://bookcrossingfrance.apnic.org
WWoof (World Wide Opportunities on Organic Farms) : www.wwoof.org
Route des SELs : www.route-des-sel.org
Surf sur canapé :
http://francais.hospitalityclub.org/indexfra.htm
www.couchsurfing.org
et www.couchsurfing.net
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