Ecoconso et anticancer

L’Art d’éco... consommer n°39 - Dossier
(15 juillet 2008)

Nous avons été interpellés par le livre "Anticancer, prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles" du Professeur David Servan-Schreiber qui insiste sur le rôle de l’alimentation dans la prévention et la lutte contre le cancer. Il met également en évidence le fait que l’inactivité physique, certains produits chimiques et produits de consommation courante favorisent le cancer. "Nous sommes souvent persuadés que le cancer est une affaire de gènes, pas de style de vie. Or, c’est l’inverse qui est vrai." écrit-il. L’OMS estime en effet que 80 % des cancers seraient dus à des facteurs externes liés au mode de vie.

Le Pr. Servan-Schreiber identifie trois facteurs qui ont fortement bouleversé notre environnement depuis 1940 :

  • l’augmentation de la consommation de sucres raffinés (sucre de canne, de betterave, sirop de maïs …) et de farines blanches (pain blanc, riz blanc, pâtes blanches…). En Europe, nous consommons ainsi 70 kg de sucre raffiné/an/personne en moyenne.
  • la transformation de l’agriculture et de l’élevage  : remplacement du pâturage par une alimentation du bétail basée sur le maïs, le soja et le blé qui ne contiennent quasiment pas d’oméga-3. Le rapport en acides gras omega-6/omega-3 dans notre propre alimentation a été complètement modifié. Celui-ci est resté très bas (entre 1 et 2) pendant des millions d’années et il a connu une nette augmentation au cours des dernières décennies atteignant des niveaux de l’ordre de 15, voire 20, alors qu’il ne devrait pas dépasser 5. Ceci a encore été accentué par l’introduction dans notre alimentation de margarines et graisses hydrogénées riches en oméga-6.
    Par ailleurs, l’utilisation d’hormones de croissance est une autre pratique néfaste : elles peuvent se retrouver dans le lait que nous consommons et favoriser la croissance de cellules cancéreuses.
  • l’exposition à de multiples produits chimiques qui n’existaient pas avant 1940 (pesticides, produits d’entretien, cosmétiques…) et qui s’accumulent dans la chaîne alimentaire puis chez l’Homme.

Quel rapport avec l’éco-consommation  ?

Tout comme pour la lutte contre les changements climatiques, nous pouvons prendre les choses en main pour ne pas simplement subir notre environnement mais bien en maîtriser quelques composantes essentielles comme notre nourriture ou l’air intérieur de nos maisons.

Et bonne nouvelle : on peut faire d’une pierre deux coups ! Beaucoup de gestes que nous conseillons d’adopter pour diminuer notre empreinte écologique sont aussi recommandés pour nous protéger du cancer en limitant notre exposition aux facteurs toxiques de l’environnement.

En voici quelques-uns :

>> Manger des fruits et légumes locaux et de saison

Au niveau santé, le conseil est très simple  : il faut consommer suffisamment de fruits et légumes (au moins 400 g ou 5 portions par jour) en quantité et en variété. Préférons-les bio pour éviter au maximum les résidus de pesticides.
Les fruits et légumes produits localement obtiennent de meilleurs résultats dans les analyses de résidus de pesticides.
Respecter les saisons permet par ailleurs de disposer des produits savoureux à des prix abordables mais aussi de profiter des vertus d’une plus grande variété de fruits et légumes.

>> Préférer une alimentation bio

D’après Jean-Marc Jancovici (www.manicore.com), les produits biologiques permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30% (voire plus pour certaines productions). Ils ne contiennent en outre peu ou pas de pesticides, pas d’hormones de croissance, pas d’antibiotiques administrés à titre préventif.
On veillera bien-sûr à consommer local autant que possible, en privilégiant les circuits courts.

>> Manger moins de viande et notamment de viande rouge

Un rapport des Nations unies (2006) conclut que la contribution de l’élevage à l’effet de serre est plus élevée que celle du secteur des transports. En Belgique, la consommation de viande a augmenté de 60% en 50 ans ! Or, le Fonds Mondial de la Recherche contre le Cancer recommande de consommer moins de 500 g de viande rouge (cuite, ce qui correspond à 700-750 g de viande crue) par semaine, dont une part minime ou nulle de charcuterie. La "viande rouge" inclut le boeuf, le porc, l’agneau et le chevreau ainsi que la viande contenue dans les plats préparés.
Quant à la volaille mieux vaut ne pas consommer la peau.

Plus d’infos dans notre fiche-conseil "Si on mangeait moins de viande ?".

>> Cuisiner du frais, éviter les plats préparés

Point de vue santé, les plats préparés manquent souvent de légumes, sont trop gras et trop salés. Or, nous devrions éviter des produits industriels riches en graisses végétales hydrogénées ou partiellement hydrogénées, riches en oméga-6 mais aussi trop salés et/ou trop sucrés.
Cuisiner du frais permet d’éviter pas mal d’emballages (en Europe, nous en jetons 160 kg/personne et par an dont 2/3 sont d’origine alimentaire), ce qui est aussi un vrai avantage environnemental.

>> Consommer moins de sucre

Au niveau mondial, le sucre est fabriqué essentiellement à partir de betterave (pays du Nord) et de canne à sucre (pays du Sud), deux cultures utilisant massivement engrais et pesticides.
Nous en consommons beaucoup trop ! Boissons ultra-sucrées censées être rafraîchissantes, pâtisseries, desserts... mais aussi sucre caché dans bon nombre de préparations industrielles comme les céréales du petit déjeuner.
Outre le fait que le sucre nourrit directement le cancer, il favorise aussi le surpoids alors que le maintien d’un poids optimal tout au long de la vie pourrait être l’un des principaux moyens de se protéger du cancer.

>> Ne pas prendre la voiture pour les petits trajets, préférer la marche ou le vélo

Pratiquer une activité physique modérée au moins trente minutes par jour (soit 2,5 km de marche) est recommandé pour la santé. Intéressant quand on sait que, dans une ville comme Bruxelles, la moitié des déplacements sont inférieurs à 3 km ! D’autant que les petits trajets sont particulièrement polluants  : non seulement le moteur surconsomme mais, en plus, les dispositifs de dépollution (catalyseur, filtre à particules quand il y en a un) ne fonctionnent pas bien avec un moteur froid.

Plus d’infos dans notre fiche-conseil "Mieux utiliser sa voiture".
Voir aussi le communiqué de presse des fédérations de défense de l’environnement : "Un autre Plan contre le Cancer : diminuer l’usage de la voiture !".

>> Ne pas utiliser de pesticides à la maison

En 2003, un tiers des pesticides (en poids de matière active) ont été utilisés pour l’entretien des jardins en Belgique. Ce ne sont pourtant pas des produits anodins ! Les particuliers devraient éviter l’utilisation de ces produits et, si nécessaire, préférer les pesticides à base d’huiles essentielles, d’acide borique ou de terre diatomaceuse.
La liste complète des produits substituables aux pesticides et insecticides les plus suspects est disponible sur www.panna.org (Pesticide Action Network).

Consultez aussi les dossiers de l’Art d’Eco-consommer : "Insecticides utilisés dans la maison : attention danger" et "les pesticides au jardin".

>> Eviter les produits chimiques superflus pour le nettoyage

Les produits de nettoyage courants (lessive liquide, nettoyant/désinfectant, désodorisant des cuvettes de toilette) contiennent généralement des alkylphénols (nonoxynol, octoxynol, nonylphénol, octylphénol, etc.).
Utilisez plutôt du vinaigre blanc (pour les surfaces et les sols), du bicarbonate de soude, du savon de Marseille et du nettoie-tout écologique (p. ex avec Ecolabel européen).

Plus d’infos dans notre fiche-conseil "Une autre façon de nettoyer".

>> Préférer des cosmétiques bio

Il faut également être attentif aux produits pour le soin du corps ! Eviter les déodorants
avec antitranspirants contenant de l’aluminium (surtout chez les femmes qui se rasent les aisselles et facilitent ainsi la pénétration de l’aluminium dans l’organisme).
Eviter aussi les cosmétiques, lotions, shampoings, teintures de cheveux, laques, mousses, gels, vernis à ongles, crèmes solaires, déodorants contenant des oestrogènes ou hormones placentaires, des parabènes ou phtalates.

Plus d’infos dans notre fiche-conseil "Les cosmétiques bio".

Mais aussi …

Bien entendu, on n’oubliera pas les facteurs cancérigènes bien connus : tabagisme (même passif !), exposition non protégée au soleil, excès d’alcool…
Quant au GSM il faut faire particulièrement attention avec les enfants, beaucoup plus vulnérables que les adultes ! Voir brève sur www.ecoconso.be

Pour aller plus loin

  • "Anticancer, prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles", Pr David Servan-Schreiber, Editions Robert Laffont, 2007
  • Téléchargez gratuitement le livret "les réflexes anticancer au quotidien" fourni avec le livre sur le site www.guerir.fr
  • Le Pr David Servan-Schreiber a fait une conférence en février 2008. Retrouvez l’intégralité de son intervention sur le site d’Etopia : www.etopia.be

Des conseils complémentaires sont également disponibles par ailleurs :

  • World Cancer Research Fund / American Institute for Cancer Research Food, "Nutrition, Physical Activity, and the Prevention of Cancer, a Global Perspective"
    Washington D.C. AICR, 2007.
    Télécharger le résumé en français (PDF) ainsi que les 10 recommandations pour la prévention du cancer sur www.fmrc.fr
  • Pr. Dominique Belpomme "Guérir du cancer ou s’en protéger" Editions Fayard, 2005. Voir aussi "Trente règles individuelles pour éviter l’apparition des cancers" sur www.artac.info

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